L'Exposition

Art of Remembrance réunit des œuvres réalisées dans le cadre de résidences organisées sur des sites de mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Développées en dialogue direct avec des archives, des lieux, des historiens et les communautés locales, les œuvres présentées ici explorent la mémoire comme un processus vivant et fragile. Cette exposition en ligne propose une introduction au projet, aux artistes et à leurs parcours créatifs, ainsi qu’aux œuvres qui réinterprètent l’histoire de la Seconde Guerre mondiale à travers les pratiques de l’art contemporain.

Comment se souvenir d’une guerre lorsque ses témoins disparaissent peu à peu et que ses traces deviennent de plus en plus indirectes ?

Art of Remembrance réunit des œuvres contemporaines réalisées dans le cadre de résidences artistiques organisées dans des lieux de mémoire européens de la Seconde Guerre mondiale. Les artistes ont été invités à séjourner dans des régions profondément marquées par le conflit, à travailler au contact des archives, des paysages, des historiens et des communautés locales, afin de créer des œuvres issues d’une expérience vécue plutôt que d’une interprétation à distance.

L’exposition conçoit la mémoire comme une réalité fragile, toujours en mouvement, façonnée non seulement par les monuments et les récits officiels, mais aussi par des traces matérielles, des gestes du quotidien et des formes de survie qui se transmettent d’une génération à l’autre. Arbres meurtris par les explosions, structures fortifiées reconquises par la nature, journaux intimes, chansons, objets domestiques ou encore présence des corps composent un langage commun à travers lequel le passé est revisité et éprouvé de nouveau.

Tout au long de l’exposition, les artistes explorent des formes de mémoire souvent invisibles : le travail silencieux accompli au sein des familles, le rôle des femmes dans la résistance et la survie, les témoins autres qu’humains que sont les animaux et les paysages, ou encore les processus lents par lesquels les traumatismes s’inscrivent dans les lieux et les corps. Plutôt que de recourir à une représentation héroïque, les œuvres privilégient l’intimité, l’attention et l’expérience sensible.

Face à des histoires marquées par une violence extrême, les artistes évitent la représentation directe de l’atrocité ; ils lui préfèrent la suggestion, la métaphore et la présence matérielle, ouvrant ainsi un espace d’engagement personnel.

Art of Remembrance ne propose pas un récit unique du passé : l’exposition envisage l’art contemporain comme un lieu où des mémoires multiples peuvent coexister, demeurer ouvertes, être interrogées et continuer à vivre au présent.

Lieu de résidence
Paraloup, Fondation Nuto Revelli
Italie
Biographie

Rebekka Bauer est une artiste allemande dont la pratique combine la photographie, l’installation, le texte, la performance et l’édition. Elle vit et travaille entre Munich et Leipzig. Son travail s’ancre dans une réflexion sur les cultures de la mémoire, avec une attention particulière portée aux histoires personnelles et intergénérationnelles. En mobilisant des matériaux d’archives, des objets trouvés et des références autobiographiques, Bauer interroge la manière dont les expériences intimes se croisent avec des forces historiques plus vastes, en particulier celles liées à l’héritage de la Seconde Guerre mondiale.

Formée en scénographie et beaux-arts à Salzbourg, Vienne et Leipzig, elle a présenté son travail dans de nombreuses expositions et festivals en Allemagne, en Autriche et dans d’autres pays européens. Elle a également publié plusieurs livres d’artiste et contribué à des publications collectives. Ses projets explorent souvent les dimensions affectives de la mémoire familiale, avec une attention particulière aux questions de genre et à la sphère domestique, se traduisant en récits émotionnels complexes.

Website

Processus Artistique et Expérience de Résidence

La résidence de Rebekka Bauer à Paraloup s’est construite autour d’un engagement avec le paysage montagnard, le travail local de mémoire antifasciste et les trajectoires de femmes engagées dans la Résistance italienne. L’isolement du site favorisait à la fois la solitude et l’interdépendance, une condition que Bauer identifie comme essentielle pour comprendre la vie des partisans dans les montagnes, où l’autonomie coexistait avec le soutien du groupe. Le temps passé à vivre et à travailler à Paraloup lui a permis d’éprouver directement cette tension, nourrissant une pratique attentive au rythme, à la répétition et aux gestes du quotidien.

Les échanges avec des historiens, des familles d’anciens partisans et les membres de la coopérative active à Paraloup ont joué un rôle central dans son processus. Plutôt que de considérer le site comme un lieu figé dans le passé, Bauer l’a abordé comme un environnement vivant, façonné par des actes continus de soin, d’entretien et de transmission. Ces pratiques contemporaines de vie collective se sont révélées indissociables de sa recherche historique, renforçant son intérêt pour des formes de résistance qui se déploient en dehors des récits héroïques.

Au cœur de sa recherche se trouvait la figure de Lidia Beccaria Rolfi, partisane, déportée à Ravensbrück, puis témoin publique après la guerre. À travers des journaux, des dessins, une correspondance et des photographies familiales, Bauer a exploré la manière dont la mémoire s’étend bien au-delà du temps du conflit, portée par des décennies de témoignages, d’enseignement et de travail émotionnel. Une attention particulière a été accordée aux écrits produits par Rolfi durant sa détention, où l’apprentissage, l’imagination et l’attention portée à la vie quotidienne devenaient des stratégies de survie. Pour Bauer, ces pratiques révèlent une résistance qui ne se limite pas à l’opposition, mais qui s’inscrit dans un engagement durable envers la responsabilité et la persistance des liens.

Tout au long de la résidence, Bauer a associé recherche dans les archives, marche, observation et collecte de matériaux. En laissant la distance et la réflexion modeler la forme finale de l’œuvre, elle a envisagé la création artistique comme un processus lent, au sein duquel matériaux historiques, rencontres personnelles et préoccupations écologiques contemporaines convergent progressivement.

Lieu de résidence
Bastogne
Belgique
Biographie

Raphaël Dallaporta est un artiste et photographe français reconnu pour son approche rigoureuse et fondée sur la recherche dans le champ de l’art visuel contemporain. S’appuyant sur l’archéologie, l’histoire et les sciences, il collabore étroitement avec des chercheurs afin d’élaborer des protocoles visuels qui transforment des objets et des territoires cachés ou oubliés en natures mortes et en paysages.

Formé à l’École des Gobelins à Paris, puis à la Fabrica en Italie, il a également été pensionnaire de la Villa Médicis (Académie de France à Rome). Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions internationales et figure dans d’importantes collections publiques, parmi lesquelles le Centre Pompidou, la Maison Européenne de la Photographie (Paris), Photo Elysée (Lausanne), la New York Public Library et le Getty Center (Los Angeles).

Ses projets vont de films immersifs de grande envergure à des installations temporelles issues d’enquêtes photographiques, et ses publications monographiques ont reçu un large accueil critique. À travers une pratique transversale qui traverse les médiums, Dallaporta invite constamment le spectateur à reconsidérer les liens entre progrès technologique et évolution humaine.

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Processus Artistique et Expérience de Résidence

Raphaël Dallaporta a envisagé sa résidence au Bastogne War Museum comme une enquête lente, ancrée dans les sites et paysages des Ardennes belges. Sa question directrice était simple et radicale : que reste-t-il lorsque les témoins humains ont disparu ? Presque naturellement, les arbres, en bord de route ou au cœur des forêts d’anciens champs de bataille, se sont imposés comme figures centrales de sa recherche. Présences vivantes et silencieuses, ils portent une histoire inscrite non dans le récit, mais dans la matière.

À partir du Bastogne War Museum, Dallaporta a exploré plusieurs lieux marqués par la phase finale de la Seconde Guerre mondiale. Dans une région où l’histoire militaire et les récits héroïques demeurent fortement présents, il a choisi de déplacer le regard, des faits d’armes vers des formes de témoignage anonymes et souvent négligées. La collaboration étroite avec l’équipe du musée et des experts locaux lui a permis d’établir une relation de confiance, d’accéder aux archives et de circuler librement entre recherche historique, travail de terrain et expérimentation artistique.

Au Bois du Beleu, il s’est intéressé au lancement, le 8 septembre 1944, de la première fusée V2 opérationnelle, un événement qui marque à la fois la naissance violente de l’ère spatiale et la mort de sept civils dans la banlieue parisienne. Sur cet ancien site secret de lancement, il a photographié deux conifères centenaires dont la croissance asymétrique porte encore les traces de l’incendie provoqué par la fusée. Les déformations discrètes de ces arbres relient un stress biologique inscrit dans le bois à une rupture décisive de l’histoire humaine : une arme de guerre qui allait plus tard ouvrir la voie à l’exploration spatiale.

Sur le champ de bataille du Bois Jacques, Dallaporta a tourné son attention vers des gestes contemporains de commémoration. Aucun arbre n’y date des combats ; tous ont repoussé depuis. Les visiteurs y assemblent spontanément des croix à partir de branches tombées, inscrivant leurs propres actes de mémoire dans le paysage. Ces rituels fragiles et anonymes sont devenus un élément central de son travail.

La recherche dans les archives a également occupé une place déterminante. Une photographie aérienne prise en janvier 1945, montrant le village de Bizory lors de la phase finale de la bataille des Ardennes, a nourri une réflexion sur la distance, l’abstraction et le regard militaire. Les échanges avec des historiens, des gardes forestiers, des groupes scolaires et des visiteurs ont façonné une pratique attentive au dialogue, à la transmission et à la présence partagée. Tout au long de la résidence, Dallaporta a envisagé chaque geste, photographier, collecter, tailler le bois ou concevoir des moments commémoratifs, comme participant d’un effort plus vaste : rendre à nouveau habitable un territoire marqué par le traumatisme.

Lieu de résidence
Sybir Memorial Museum
Pologne
Biographie

Juhana Moisander est un artiste finlandais dont la pratique se concentre sur des installations vidéo immersives intégrant son, performance et scénographie. Son travail explore les dimensions psychologiques de la mémoire collective, des mythes culturels et des rituels sociaux, en puisant fréquemment dans l’histoire de l’art, la religion et le folklore. Moisander compose des environnements soigneusement construits, invitant le spectateur à réfléchir aux strates émotionnelles et symboliques de l’expérience humaine partagée.

Diplômé des beaux-arts et en études des médias en Finlande, il a exposé largement dans des musées finlandais ainsi que dans des institutions internationales. Ses œuvres ont notamment fait l’objet d’expositions personnelles à l’EMMA – Espoo Museum of Modern Art, au Mikkeli Art Museum et à la Gallery Hippolyte, et sont conservées dans plusieurs collections publiques. Sa démarche associe mouvements chorégraphiés et dispositifs audiovisuels au sein de compositions stratifiées qui interrogent les tensions entre passé et présent, pouvoir et vulnérabilité, individu et collectif.

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Processus Artistique et Expérience de Résidence

La résidence de Juhana Moisander au Musée Mémorial de Sybir à Białystok s’est développée à partir d’un engagement étroit avec un lieu marqué par des histoires successives de déportation, de déplacement et de violence. Le musée se consacre au destin des populations locales déportées en Sibérie sous le régime soviétique, puis soumises à l’occupation nazie, des trajectoires qui résonnent fortement avec l’histoire personnelle de Moisander, descendant d’évacués caréliens. Ce parallèle entre les expériences polonaises et finlandaises de la guerre a constitué un point d’ancrage conceptuel majeur pour son travail.

Moisander a abordé la résidence en combinant recherche historique, observation architecturale et expérimentation artistique. Un premier séjour à Białystok, à l’été 2025, lui a permis d’explorer les collections du musée et d’échanger avec l’équipe curatoriale, faisant émerger l’idée centrale de l’œuvre. Un second séjour, plus long, à la fin de l’année 2025, a été consacré au tournage et à l’expérimentation des modalités d’installation dans le contexte muséal. Tout au long du processus, il s’est montré attentif à la sensibilité politique de la mémoire en Pologne, où les récits de martyre et d’héroïsme demeurent fortement chargés. Par respect pour le public local, il a choisi d’éviter toute représentation directe de l’horreur, privilégiant la suggestion, le symbolisme et la résonance émotionnelle.

Au cœur de sa méthodologie se trouve l’articulation de la vidéo, du son et de la composition spatiale comme un ensemble cohérent, pensé en réponse au site. Durant la résidence, il a collaboré étroitement avec une actrice locale et son jeune fils, répétant et filmant une scène intime, fondée sur des gestes et des interactions du quotidien. Le processus de travail s’est voulu volontairement lent et flexible, rythmé par la présence de l’enfant et par une réflexion constante sur la manière dont l’image, le son et l’espace peuvent transmettre le traumatisme historique sans l’illustrer frontalement.

La résidence est ainsi devenue un espace de traduction attentive : entre histoires personnelles et mémoires collectives, entre passé et présent, et entre références culturellement situées et un langage visuel européen plus large.

Lieu de résidence
La Coupole
France
Biographie

Gail Ritchie est une artiste nord-irlandaise basée à Belfast. Sa pratique explore l’impact émotionnel du conflit, de la mémoire et de la perte, à travers le dessin, la sculpture, l’installation et la recherche. Formée à la fois en sciences politiques et en beaux-arts, elle développe une approche résolument pluridisciplinaire, interrogeant la manière dont les histoires s’intériorisent et se transmettent au fil du temps. Son travail, profondément réflexif, s’appuie fréquemment sur des archives, des récits personnels et des espaces porteurs d’une charge symbolique ou affective.

Son œuvre a été largement exposée au Royaume-Uni, en Irlande et à l’international, notamment dans des expositions et projets consacrés à la mémoire, à l’expérience militaire et au conflit nord-irlandais (The Troubles). Son intérêt constant pour la façon dont la mémoire est façonnée par les lieux et par la culture matérielle irrigue l’ensemble de son parcours artistique. Ses œuvres figurent dans des collections telles que les National Museums of Northern Ireland et la Northern Ireland Government Collection. En 2025, Gail Ritchie a reçu le Major Individual Artist Award décerné par l’Arts Council Northern Ireland en reconnaissance de la qualité et de la cohérence de sa pratique.

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Processus Artistique et Expérience de Résidence

La résidence de Gail Ritchie à La Coupole s’est construite autour d’une immersion prolongée dans un site où se croisent architecture, technologie et violence. Dès sa première confrontation avec la monumentalité de la structure souterraine, l’échelle et la densité du lieu, ses galeries, ses archives, son paysage environnant, sont devenues centrales dans sa recherche. Plutôt que de suivre un cheminement linéaire, Ritchie a adopté une méthode de travail ouverte et exploratoire, laissant les idées émerger progressivement à travers des visites répétées, l’observation et la pratique.

L’accès aux archives, à des sections fermées des tunnels et à l’expertise de l’équipe de La Coupole lui a permis de circuler librement entre matériaux historiques, expérience architecturale et interprétation contemporaine. Sa présence quotidienne sur le site, les trajets depuis Saint-Omer, le travail dans un petit atelier au sein du musée, l’observation des visiteurs, a ancré la résidence non seulement dans la recherche, mais aussi dans une expérience vécue.

Une tension récurrente dans son engagement avec La Coupole réside dans la coexistence de récits opposés : ambition scientifique et travail forcé, progrès technologique et souffrance humaine, rêve de conquête spatiale et réalité de l’exploitation. Les archives ont révélé des fragments particulièrement marquants, du carnet de recettes de Maurice Bourdon, geste d’imagination et de survie face à la privation, aux photographies d’Hector, rat de laboratoire envoyé dans l’espace puis euthanasié. Ces éléments ont renforcé son intérêt pour la manière dont des vies, humaines ou non humaines, sont façonnées, instrumentalisées et transformées par des systèmes de pouvoir.

Le temps et la transformation se sont imposés comme des notions structurantes. Le site lui-même a connu plusieurs métamorphoses : de carrière à base de lancement de fusées, de ruine bombardée à musée que la nature se réapproprie progressivement. La résidence a offert à Ritchie la possibilité de penser lentement ces strates successives, laissant s’accumuler matériaux, métaphores et interrogations. Son processus, fondé sur le dessin, le modelage et l’assemblage, envisage la création comme une forme de pensée : provisoire, associative et attentive au caractère inachevé et mouvant de la mémoire.

MATKA

Juhana Moisander

Installation vidéo – 5 min 55 sec
2026

Plutôt que de reproduire le motif religieux de la Pietà, Moisander l’utilise comme point d’entrée visuel ancré dans la mémoire culturelle polonaise. Les figures apparaissent à échelle humaine dans un espace sombre et clos, invitant à une rencontre intime. Leur immobilité, ponctuée de mouvements subtils, évoque le soin, la vulnérabilité et un temps suspendu.

Le son occupe une place centrale dans l’œuvre. S’appuyant sur des chansons et berceuses enfantines comme vecteurs de mémoire collective, Moisander explore la manière dont des formes douces peuvent contenir la rupture et la perte. La bande sonore de MATKA fait référence à une berceuse polonaise dont l’apparence apaisée prend des tournures bouleversantes. Le son devient ainsi une interface émotionnelle reliant expérience intime et déplacement historique.

Paroles – Sparks’tale

Dans le cendrier, près de Wojtuś,
Une petite étincelle scintille.
Viens, je vais te raconter un conte,
Un conte qui sera bien long.

Il était une fois une princesse,
Qui tomba amoureuse d’un ménestrel.
Le roi leur offrit un festin de noces,
Et voilà la fin de l’histoire…

Il était une fois Baba Yaga,
Qui possédait une maison en bonbons.
Et dans cette petite maison
Se passaient d’étranges choses — chut, l’étincelle s’est éteinte.

Wojtuś regarde, regarde encore, réfléchit,
Ses petits yeux sont pleins de larmes :
« Pourquoi m’as-tu raconté un mensonge ?
Wojtuś s’en souviendra. »

« Je ne te croirai plus jamais,
Petite étincelle si fragile,
Tu brilles un instant puis t’éteins —
Et voilà toute l’histoire. »

Il était une fois un roi, un page,
Et aussi une princesse.
Ils vivaient au milieu des mers
Et ne connaissaient jamais la tempête.

Le roi était amoureux, le page aussi,
Tous deux aimaient la princesse.
Et elle les aimait tous les deux :
Ils s’aimaient tous les trois.

Mais un jour, quelque chose arriva,
Terrible au-delà des mots :
Un chien dévora le roi, un chat dévora le page,
Et une souris dévora la princesse.

Mais ne sois pas triste, mon cher enfant,
Ne laisse pas cette histoire t’attrister :
Le roi était fait de sucre,
Le page de pain d’épices,
Et la princesse… de massepain.

Bearing Lidia Beccaria Rolfi

Rebekka Bauer

Installation avec plaques de verre coloré, tirages inkjet, fleurs et herbes, soie sérigraphiée
2026

Holding a pencil
Tirages inkjet sur papier A3 coloré, dessins issus du journal de Lidia Beccaria Rolfi, KZ Ravensbrück, 1945

Cette série de dessins réalisés par Lidia Beccaria Rolfi durant sa détention à Ravensbrück représente des paysages imaginés, évoquant son Piémont natal. Ces images agissaient comme des refuges mentaux et des stratégies de survie. Imprimées sur papier A3 coloré et présentées de manière non monumentale, elles soulignent la vulnérabilité, l’éphémère et le caractère provisoire de la mémoire.

Stratum, Substratum
Agencement de plaques de verre coloré, photographies issues des archives familiales de Lidia Beccaria Rolfi (Ravensbrück et autres camps), années 1960

Des photographies issues des archives familiales Rolfi sont sérigraphiées sur des plaques de verre coloré soufflé à la bouche, aux bords volontairement brisés. Elles montrent Lidia Beccaria Rolfi à différentes étapes de sa vie, aux côtés d’autres survivantes avec lesquelles elle a conservé des liens durables. Les plaques de verre évoquent à la fois l’intimité des archives privées et la précarité de la mémoire, reflétant la fragilité de la transmission et le travail nécessaire pour maintenir le souvenir vivant.

Tissue
Sérigraphie sur soie, fragment de texte du journal de Lidia Beccaria Rolfi, KZ Ravensbrück, 1945

Tragkraft (Carrying capacity)
Fleurs et herbes collectées à l’été 2025 avec la Coopérative Germinali à Paraloup

Le journal de Lidia Beccaria Rolfi liste des jours de la semaine, des espaces domestiques, des verbes et des aliments en français et en allemand. Agrandi et placé au sol, le texte souligne son effort d’apprendre la langue de l’oppresseur comme acte pragmatique de survie, tout en exprimant la faim et le désir. Les herbes et plantes collectées à Paraloup sont soigneusement disposées. Sélectionnées pour leurs vertus médicinales, symboliques et nutritives, elles relient les expériences historiques de privation à des pratiques de soin, de subsistance et de connaissance écologique.

Space Age Dawn

Raphaël Dallaporta

2 tirages piézographiques encadrés
2025

Space Age Dawn représente deux conifères centenaires situés sur l’ancien site de lancement de V2 du Bois du Beleu. Leur croissance asymétrique constitue la trace durable de l’incendie provoqué par le lancement de la fusée le 8 septembre 1944. Ces images mettent en relation la vie fragile de deux arbres avec un saut technologique majeur : le premier objet fabriqué par l’homme à atteindre l’espace, grâce à une arme de guerre. Les photographies déplacent le récit du progrès, de la machine vers la matière vivante, laissant le temps lui-même exprimer l’histoire.

Stations of the Cross

Raphaël Dallaporta

14 tirages piézographiques encadrés
2025

Stations of the Cross présente des croix en bois assemblées par des visiteurs sur le champ de bataille du Bois Jacques. Fabriqués à partir de branches recueillies sur place, ces modestes mémoriaux constituent un rituel contemporain enraciné dans la nature. Structurée en quatorze « stations », la série s’inscrit dans la continuité de ces gestes anonymes, où la mémoire se déploie par répétition plutôt que par une forme fixe.

War Tree

Raphaël Dallaporta

Section de tronc de chêne avec éclats d’obus incrustés, sangle métallique
2025

War Tree présente une section de tronc de chêne contenant des éclats d’obus, récemment collectée dans le secteur de Bizory, où des combats eurent lieu en 1944–1945. À peine perceptibles de l’extérieur, les fragments métalliques apparaissent dans la coupe du bois, où une oxydation bleutée suit les cernes de croissance. L’œuvre révèle une mémoire inscrite au cœur de la matière, transformant l’arbre en témoin silencieux et en archive naturelle du temps, de la violence et de la régénération.

Bizory (1945)

Raphaël Dallaporta

63 tirages encadrés avec support
2025

Bizory (1945) réinterprète une photographie aérienne de guerre sous la forme d’une installation composée de tirages encadrés alignés au sol. L’image ne peut être reconstituée que par le déplacement du spectateur, la distance et la perspective recomposant progressivement le paysage. Cette transformation convertit une image stratégique militaire en expérience physique et perceptive, où l’histoire n’est plus observée depuis le ciel mais reconstruite pas à pas, dans la proximité et l’attention.

The Party

Gail Ritchie

Technique mixte, peinture émail sur assiette ancienne, œuf en aluminium
2026

The Party se compose d’une assiette en céramique faisant référence à un objet décoratif associé à l’Allemagne nazie, partiellement repeinte dans les couleurs de camouflage de la fusée V2. Présentée sur un socle et accompagnée d’un œuf en aluminium, l’œuvre juxtapose un objet domestique, une esthétique militarisée et l’écriture culinaire imaginaire de Maurice Bourdon, pour qui la rêverie gastronomique constituait une forme de résistance dans un contexte de privation.

Hector (In memorium 1961)

Gail Ritchie

Aluminium, toile, fil métallique
2026

Dans Hector (In memoriam 1961), un rat en aluminium grandeur nature, vêtu d’une combinaison antigravité, est suspendu dans l’espace. Inspirée d’une photographie d’archive, la sculpture rend hommage à Hector, animal de laboratoire utilisé dans le programme spatial français puis disséqué. Ritchie établit un parallèle entre le destin d’Hector et celui des travailleurs forcés de La Coupole : des corps traités comme des ressources interchangeables, privés de leur capacité d’action, instrumentalisés au nom du progrès.

Crater / Creatura

Gail Ritchie

Série de 4 dessins, crayon et gravure sur papier aquarelle Hahnemühle
2026

Underground
Landscape of war
Lunar
Ooid

La série Crater / Creatura explore différentes formes de vides et de blessures : les tunnels souterrains de La Coupole, le paysage bombardé de la guerre, la surface cratérisée de la lune, ainsi qu’une empreinte ovoïde formée par la chute d’un œuf dans de la poudre de béton. Ensemble, ces dessins relient ruptures géologiques, architecturales et corporelles, mettant en relation paysages terrestres et célestes avec des histoires de violence et d’aspiration.

Macha

Gail Ritchie

Corbeau (taxidermie), nid en aluminium et fil d’argent, œuf en béton, étagère
2026

L’assemblage Macha évoque à la fois l’iconographie de la résistance et la faune contemporaine qui réinvestit le site de La Coupole. Le contraste des matériaux associe fragilité et force, les inscrivant dans une réflexion sur la longévité, le réemploi et la survie. Dans la mythologie irlandaise, Macha est une déesse tripartite apparaissant souvent sous la forme d’un corbeau. Figure métamorphique, elle est associée à la guerre, à la transformation, à la mort autant qu’à la naissance.