Plutôt que de reproduire le motif religieux de la Pietà, Moisander l’utilise comme point d’entrée visuel ancré dans la mémoire culturelle polonaise. Les figures apparaissent à échelle humaine dans un espace sombre et clos, invitant à une rencontre intime. Leur immobilité, ponctuée de mouvements subtils, évoque le soin, la vulnérabilité et un temps suspendu.
Le son occupe une place centrale dans l’œuvre. S’appuyant sur des chansons et berceuses enfantines comme vecteurs de mémoire collective, Moisander explore la manière dont des formes douces peuvent contenir la rupture et la perte. La bande sonore de MATKA fait référence à une berceuse polonaise dont l’apparence apaisée prend des tournures bouleversantes. Le son devient ainsi une interface émotionnelle reliant expérience intime et déplacement historique.
Dans le cendrier, près de Wojtuś,
Une petite étincelle scintille.
Viens, je vais te raconter un conte,
Un conte qui sera bien long.
Il était une fois une princesse,
Qui tomba amoureuse d’un ménestrel.
Le roi leur offrit un festin de noces,
Et voilà la fin de l’histoire…
Il était une fois Baba Yaga,
Qui possédait une maison en bonbons.
Et dans cette petite maison
Se passaient d’étranges choses — chut, l’étincelle s’est éteinte.
Wojtuś regarde, regarde encore, réfléchit,
Ses petits yeux sont pleins de larmes :
« Pourquoi m’as-tu raconté un mensonge ?
Wojtuś s’en souviendra. »
« Je ne te croirai plus jamais,
Petite étincelle si fragile,
Tu brilles un instant puis t’éteins —
Et voilà toute l’histoire. »
Il était une fois un roi, un page,
Et aussi une princesse.
Ils vivaient au milieu des mers
Et ne connaissaient jamais la tempête.
Le roi était amoureux, le page aussi,
Tous deux aimaient la princesse.
Et elle les aimait tous les deux :
Ils s’aimaient tous les trois.
Mais un jour, quelque chose arriva,
Terrible au-delà des mots :
Un chien dévora le roi, un chat dévora le page,
Et une souris dévora la princesse.
Mais ne sois pas triste, mon cher enfant,
Ne laisse pas cette histoire t’attrister :
Le roi était fait de sucre,
Le page de pain d’épices,
Et la princesse… de massepain.